
L’Asie Centrale, et tout particulièrement l’actuel Ouzbékistan, est considérée comme l’un des berceaux de la science, de la culture et de l’art de nos civilisations modernes. On en trouve déjà des témoignages dans des sources préislamiques, comme l’Avesta, où des idées élaborées sur la spiritualité, la science et l’éducation sont mises en avant. A la même époque, des travaux sur l’astronomie, la médecine, le droit et la théologie ont été écrits dans des langues aussi diverses que l’araméen, le sogdien, le turc, le pahlavi, le khorezmien, l’assyrien, le bactrien, l’ouïghour et le khotanais, tout cet héritage scientifique ayant ensuite été partagé avec de nombreuses cultures et civilisations. Il est universellement reconnu que les régions de l’actuel Ouzbékistan sont à la croisée de la Grande Route de la Soie et de ses différentes branches ; dans cette région sont également venues des personnes cherchant une éducation religieuse ou laïque qui étudièrent dans les centres culturels de la région de Khorezm, de Boukhara, de Samarcande, de Tachkent ou de Fergana. Les points de vues philosophiques et l’héritage scientifique inestimable laissé par des penseurs tels que l’imam Boukhârî, Al Mâturîdî, Bahâ’uddin Shâh Naqshband et les savants encyclopédiques tels qu’Al-Khwârizmî, Al-Bīrūnī, Avicenne (Ibn Sīnā), al-Farghani et Ulugh Beg provenaient de l’éducation délivrée dans les medersas de ces régions si particulières. Ces medersas, qui ont été actives en Asie Centrale depuis des temps anciens, avaient un statut d’établissement d’enseignement supérieur, on les qualifierait maintenant d’universités ; selon des sources historiques, vers la fin du Xe siècle, rien qu’à Samarcande, il existait 17 medersas de ce type. Pendant le règne de la dynastie des Timourides et la renaissance timouride qui l’accompagna, le développement sans précédent de la science et de la culture en Asie Centrale et dans le Khorassan, tout particulièrement dans la région de Samarcande, et la présence de grands savants et enseignants travaillant dans les institutions éducatives conduisirent à la construction de grandes medersas dans les principales cités de la région.
La medersa créée par Ulugh Beg en 1420 devint rapidement célèbre en Orient pour ses dimensions, son potentiel scientifique et son niveau élevés. Cette medersa était radicalement différente des autres dans la manière d’enseigner les sciences laïques, par la diversité et l’universalité de la recherche qui y était menée, et par le haut niveau de connaissance et de compétence des chercheurs et enseignants qui y travaillaient. La singularité architecturale de la grande medersa construite par Ulugh Beg, l’observatoire qu’il fit également construire, avec la reproduction des mouvements des sept planètes principales et son plafond représentant le ciel étoilé, toutes ces constructions sont devenues emblématiques des medersas médiévales de Samarcande. Selon Wasifi dans ``Badoe ul-Waqoe’’, la première lecture des travaux de Ptolémée (l’Almageste) fut donnée dans la medersa d’Ulugh Beg le 21 septembre 1420 par le célèbre savant Khawafi et il nous semble donc adéquat de considérer que cette même date marque le début officiel des activités scientifiques dans cette medersa. Dans les presque quarante années du règne d’Ulugh Beg sur l’empire timouride d’Asie Centrale, une grande école de savants fut formée et elle grandit dans les medersas de Samarcande, Boukhara, G'ijduvon et encore d’autres lieux. La science dans la medersa d’Ulugh Beg fut initiée par des grands savants d’Asie Centrale comme Al-Khwârizmî, al-Farghani, alJavkhari, al-Khuttali, al-Marvarudi, al-Marwazi, al-Fârâbî, Avicenne, Al-Bīrūnī qui apportèrent de grandes contributions au développement des sciences dans le monde entier. Les grandes cultures et civilisations des régions d’Asie Centrale apparurent les unes à la suite des autres, comme une suite logique du développement et de l’amélioration du système des medersas au cours du temps.
En ce sens également, l’université d’état de Samarcande est la descendante directe de la grande medersa d’Ulugh Beg et son histoire remonte donc à 1420. Cette medersa a été continuellement en activité depuis sa création jusqu’à l’émergence de l’université : selon des témoignages, la medersa d’Ulugh Beg comptait 24 pièces pour 48 étudiants dans les années 1860 pour atteindre 108 étudiants au début du XXe siècle. Jusqu’au début du XXe siècle, la medersa d’Ulugh Beg était la plus ancienne et la plus prestigieuse institution d’éducation de la région et elle répondait aux besoins des populations vivant ici ; certains diplômés de cette medersa eurent par la suite une influence bénéfique sur la pérennité des medersas dans les jours très difficiles de l’histoire de l’Asie Centrale. Dans les années 1920, le premier gouvernement soviétique ― prenant en considération le potentiel scientifique et culturel de Samarcande, et suivant les conseils des intellectuels formés selon le système des medersas ― décida l’ouverture, à Samarcande (alors capitale de l’Ouzbékistan), d’une université pédagogique proposant un cycle de deux années d’études ; cette université, baptisée « Académie Pédagogique de Samarcande », se conformait aux exigences de la medersa d’Ulugh Beg et fut, de fait, le germe de l’université d’état de Samarcande. En 1930, cette académie fut renommée “Institut Pédagogique d’Ouzbékistan” et, finalement, en 1933 devint “Université d’état d’Ouzbékistan”. En 1941, à l’occasion du 500-ème anniversaire du grand poète ouzbek, elle fut renommée « Université Alisher Navoï » et conserva ce nom jusqu’en 2016. Les premiers professeurs de cette université étaient des diplômés des merdersas de Samarcande et de Boukhara, à savoir : Abdurauf Fitrat, Khaji Muin Shukurullayev, Olim Yunusov, Pulat Saliev, Mirzajon Saidjanov, et d’autres encore. Des réformes et des changements dans le domaine éducatif en Ouzbékistan apportèrent dans le même temps des changements significatifs à l’université d’état de Samarcande. Et lorsqu’apparurent les nouvelles technologies et leur application dans le système éducatif, les méthodes traditionnelles d’enseignement qui formèrent le modèle de l’université d’état de Samarcande furent cependant préservées dans cette mémoire des traditions anciennes qu’est l’université d’état de Samarcande. Le lien permanent entre l’université d’état de Samarcande et les medersas des temps anciens est un exemple des réformes menées au plus haut niveau de l’état ouzbek, il met en valeur l’esprit patriote des jeunes générations et maintient leur fierté vis-à-vis de l’héritage scientifique et culturel laissé par l’histoire. Le fait de renommer l’université d’état de Samarcande avec le nom « Mirzo Ulugbek » pourrait être un autre pas important dans la reconnaissance de la vérité historique de la naissance de cet établissement. Tous ces faits historiquement établis nous conduisent donc à considérer que l’université d’état de Samarcande est vieille de 600 ans et nous incitent à célébrer l’anniversaire de sa fondation le 21 septembre 2020.
En cela, nous voulons donner une reconnaissance officielle au fait que l’université d’état de Samarcande est l’une des plus vieilles institutions d’enseignement supérieur d’Asie Centrale, née avec la medersa d’Ulugh Beg et qui reste aujourd’hui encore une université importante d’Asie Centrale et l’une de celles ayant l’histoire la plus ancienne.
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